Vous redoutez ce moment précis : l'examinateur fait glisser trois photos sur la table, vous en choisissez une, et plus rien ne sort. Respirez. La plupart des points perdus à l'image ne le sont pas parce que votre luxembourgeois est faible. On les perd de quatre petites façons : vous restez muet, vous ne nommez rien, vous donnez votre avis avant d'avoir décrit, ou vous visez trop haut. Corrigez ces quatre réflexes, et la description d'image cesse de dépendre du hasard.
Aucune de ces erreurs n'est un problème de grammaire. Tout tient à une seule chose : ne jamais vous arrêter de parler. La description, c'est la deuxième partie de l'oral, après un court entretien ; vous décrivez l'une des trois photos proposées, pendant cinq minutes environ, au niveau A2. Le A2, c'est la langue simple du quotidien. Personne n'attend de la poésie. On attend des phrases simples qui s'enchaînent. Chacune des erreurs ci-dessous est une manière de casser le fil, et chacune a sa parade.
Ce qu'on note, c'est que vous continuiez à parler, pas que chaque phrase soit parfaite.
Rester muet
C'est la plus coûteuse. Une courte pause ne vous coûte rien, et cinq secondes de réflexion non plus. Un long blanc figé, lui, vous pénalise, parce que l'épreuve mesure justement votre capacité à tenir la parole.
La parade : garder une entrée en matière si automatique qu'elle se lance toute seule, le temps de retrouver vos esprits.
Ech gesinn e Bild. D'Bild ass eng Foto. D'Foto ass faarweg. D'Foto ass dobausse gemaach. (Je vois une image. L'image est une photo. La photo est en couleur. La photo a été prise dehors.)
Quatre phrases, et vous parlez déjà. Si vous bloquez plus tard, revenez à ces phrases sûres : nommez une couleur, nommez le temps qu'il fait, dites où la photo a été prise. Le simple l'emporte toujours sur le silence.
Ne rien nommer
Certains silences se cachent dans un discours qui paraît fluide. Vous dites que la scène est jolie, que les gens ont l'air heureux, que la journée est belle, et vous ne nommez pas un seul objet. Des adjectifs sans noms ne donnent rien à noter à l'examinateur. Les points se gagnent sur le concret : le banc, les arbres, la veste, le gobelet.
Alors nommez-les, un fait à la fois.
Am Hannergrond gesinn ech al Haiser. D'Haiser sinn héich. D'Diech si rout. (À l'arrière-plan je vois de vieilles maisons. Les maisons sont hautes. Les toits sont rouges.)
Trois noms et trois faits en trois courtes phrases. Parcourez la photo dans un ordre fixe, l'arrière-plan d'abord, puis la gauche, la droite, le milieu, et nommez une chose à chaque endroit. Vous ne peignez pas un tableau. Vous lisez la scène à voix haute.
L'avis avant la description
Le trac joue aussi dans l'autre sens. On se précipite sur « je trouve cette photo magnifique » dès la première phrase, parce qu'un avis donne l'impression de dire quelque chose. Mais la partie réellement notée, c'est la description. Si vous ouvrez sur votre opinion, vous dépensez le plus facile d'abord, et il ne vous reste plus grand-chose. L'avis se garde pour la fin, une fois que la description vous y amène.
Gardez l'ordre sur lequel l'épreuve est bâtie : posez la scène, balayez-la, zoomez sur un détail, puis donnez un seul avis. Une phrase suffit, et well (parce que) vous permet d'ajouter une raison et de placer un connecteur d'un coup.
D'Bild weist eng friddlech Situatioun am Park. Ech fannen d'Bild ganz schéin, well d'Faarwe waarm sinn. (L'image montre une situation paisible dans le parc. Je trouve l'image très belle, parce que les couleurs sont chaudes.)
Un avis clair pour finir, c'est un signe de maîtrise. Trois avis et aucune description, c'est le signe que vous étiez à court de choses à nommer.
En faire trop
La dernière est la plus injuste, parce qu'elle vient souvent de ceux qui ont beaucoup travaillé. Vous voyez un marché animé et vous tentez « les marchands marchandent et l'ambiance est joyeuse ». La phrase s'effondre à mi-chemin, vous perdez le fil, et votre assurance part avec. L'examen est au niveau A2. Une phrase ambitieuse laissée en plan vaut moins qu'une phrase simple menée à son terme.
Laissez tomber l'ambition, visez la phrase finie. Et quand un mot vous manque, simplifiez, ne compliquez pas. Vous ne connaissez pas « fontaine » ? Dites de l'eau. Plutôt qu'une phrase que vous ne pouvez pas finir, dites-en deux que vous finissez.
D'Fra huet eng Jackett un. D'Jackett ass donkelgréng. D'Fra gesäit roueg aus. (La femme porte une veste. La veste est vert foncé. La femme a l'air calme.)
Court, correct, mené à son terme. C'est exactement ce que le niveau A2 attend.
Les quatre erreurs en un coup d'œil
| L'erreur | Ce que ça donne à l'oral | À faire à la place |
|---|---|---|
| Rester muet | Un long blanc pendant que vous cherchez vos mots | Revenez à la météo, à une couleur, au lieu de la photo |
| Ne rien nommer | « C'est joli, ils ont l'air heureux », sans un seul nom | Nommer des objets : les maisons, les arbres, le gobelet |
| L'avis d'abord | « Je trouve cette photo magnifique » d'entrée | Décrire d'abord, garder un seul avis pour la fin |
| En faire trop | Une phrase ambitieuse qui s'effondre en route | Deux courtes phrases que vous menez au bout |
Voilà pourquoi une personne posée, au luxembourgeois modeste, dépasse souvent une personne nerveuse qui en sait plus. Une personne calme ne s'arrête jamais et ne laisse jamais filer les points faciles. Si l'examen vous intimide encore, il est plus abordable qu'il n'y paraît une fois que vous savez ce qui compte vraiment.
Quand l'examinateur enchaîne avec une question
Si vous finissez tôt, l'examinateur peut poser une question. Ce n'est pas un piège. C'est la même épreuve qui continue, et les mêmes phrases simples suffisent. Une question revient souvent : Wat maachen d'Leit op dësem Bild? (Que font les gens sur cette image ?). Répondez par une phrase courte, sans partir à la chasse au mot parfait, parce que cet échange compte aussi dans la note. Un simple « ils sont assis sur un banc, c'est l'automne » fait tout à fait l'affaire.
Pour vous entraîner, repérez d'où viennent vos hésitations. Elles viennent presque toujours des gens, parce que c'est sur les vêtements et les gestes que les mots manquent. Prenez une vraie photo sur votre téléphone, lancez un minuteur de cinq minutes, et déroulez les quatre étapes à voix haute : nommer, balayer, détailler une personne, finir par un avis. Le moment où vous vous figez, c'est celui à travailler avant le jour J.